
Contrairement à la croyance populaire, le tourisme respectueux en territoire autochtone n’est pas une simple question de bonnes manières ; c’est un acte engageant de déconstruction personnelle et de reconnaissance politique.
- Il exige de comprendre que les traumatismes historiques, comme celui des pensionnats, ont des impacts directs et mesurables sur les familles d’aujourd’hui.
- Il implique de savoir distinguer une initiative touristique authentique, contrôlée par la communauté, d’une exploitation culturelle qui ne fait que renforcer les stéréotypes.
Recommandation : Adoptez une posture d’humilité culturelle. Votre rôle n’est pas de consommer une expérience, mais d’écouter, d’apprendre et de contribuer positivement à la souveraineté économique et culturelle des communautés qui vous accueillent.
Pour de nombreux Canadiens, la relation avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis est un mélange de curiosité sincère et de malaise palpable. On sent qu’une partie fondamentale de l’histoire de notre propre pays nous échappe, enseignée de manière parcellaire et souvent folklorique. On souhaite bien faire, être respectueux, mais on ignore souvent par où commencer. Cette volonté se heurte à la peur de la maladresse, à la crainte de poser la mauvaise question ou de commettre un impair culturel sans même s’en rendre compte.
Les réponses habituelles nous orientent vers des solutions de surface : regarder un documentaire, acheter de l’artisanat dans une boutique ou visiter un site reconstitué. Si ces gestes partent d’une bonne intention, ils maintiennent souvent le visiteur dans un rôle de consommateur passif, observant une culture figée dans le passé. Ils évitent soigneusement les questions complexes et pourtant essentielles sur la réalité contemporaine des communautés autochtones au Québec et au Canada.
Mais si la véritable clé n’était pas de simplement “visiter”, mais de “rencontrer” ? Et si le respect authentique ne résidait pas dans une gentillesse silencieuse, mais dans une déconstruction active de nos propres préjugés et de nos réflexes de touriste ? Cet article propose une autre voie. Il ne s’agit pas d’un simple guide de voyage, mais d’une invitation à adopter une posture d’humilité culturelle. Nous allons d’abord explorer pourquoi une méconnaissance de l’histoire maintient des structures injustes, puis nous vous donnerons des outils concrets pour distinguer le tourisme qui exploite de celui qui autonomise, et enfin, nous déconstruirons les mythes et les gestes que l’on croit respectueux, mais qui trahissent une incompréhension profonde.
Ce parcours vous fournira les clés pour que votre prochaine incursion en territoire autochtone ne soit pas une simple visite, mais une véritable rencontre, enrichissante et juste pour toutes les parties prenantes.
Sommaire : Guide pour une rencontre authentique avec les peuples autochtones du Québec
- Pourquoi ne pas connaître l’histoire des Premières Nations maintient le racisme systémique canadien
- Comment organiser une visite dans une communauté innue sans offenser et en respectant les protocoles
- Les 7 gestes que vous croyez respectueux mais qui offensent les communautés autochtones au Québec
- Tourisme autochtone dirigé par les communautés vs exploitation : comment faire la différence au Québec
- Les 5 mythes sur les Premières Nations que même les Québécois progressistes croient encore
- Pourquoi les Québécois parlent encore de la Conquête de 1760 comme si c’était hier
- Les 7 réflexes de touriste qui signalent aux locaux que vous n’êtes pas prêt pour l’immersion
- Comment passer de visiteur à allié : un engagement au-delà du tourisme
Pourquoi ne pas connaître l’histoire des Premières Nations maintient le racisme systémique canadien
L’une des plus grandes barrières à une relation saine entre les peuples autochtones et non-autochtones au Canada est la perception que l’histoire est “passée”. Or, ignorer les fondements juridiques et les traumatismes historiques qui structurent encore le présent revient à fermer les yeux sur les racines du racisme systémique. Des concepts comme la doctrine de la découverte, une série de bulles papales du 15e siècle, ne sont pas de vieilles reliques. Comme le souligne Jean-François Roussel de l’Université de Montréal, ils continuent d’avoir des impacts sur les revendications territoriales des Autochtones aujourd’hui, justifiant historiquement une souveraineté européenne sur des terres qui n’étaient en rien “vides” (terra nullius).
Étude de cas : Les revendications non résolues de Kanesatake
La situation des Mohawks de Kanesatake illustre parfaitement cette continuité. D’un territoire originel de 689 kilomètres carrés au nord-ouest de Montréal, la communauté n’en possède aujourd’hui que 12. Cette dépossession, qui s’étale sur trois siècles, n’est pas une simple note de bas de page historique ; elle est la conséquence directe de politiques coloniales et de l’incapacité des gouvernements successifs à honorer leurs obligations fiduciaires. Cet enjeu territorial toujours brûlant est une manifestation concrète du fait que le passé colonial est intrinsèquement lié aux injustices présentes.
De même, le drame des pensionnats autochtones n’est pas qu’un chapitre sombre de nos livres d’histoire. Son héritage est vivant, douloureux et intergénérationnel. Une étude québécoise de 2016 révélait que si 26,9 % des participants autochtones avaient eux-mêmes fréquenté les pensionnats, près du double, soit 45,5 %, avaient un parent qui y était passé. Ce chiffre démontre la transmission directe du traumatisme. Comprendre cela, ce n’est pas s’apitoyer, c’est reconnaître la source des difficultés sociales, économiques et de santé qui affectent encore de nombreuses familles et communautés.
Ne pas connaître cette histoire, c’est donc se priver des clés de lecture essentielles pour comprendre les manchettes d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de blocages ferroviaires, de négociations territoriales ou de crises sociales. C’est maintenir involontairement un système qui invalide l’expérience autochtone en la reléguant à un passé révolu.
Comment organiser une visite dans une communauté innue sans offenser et en respectant les protocoles
L’envie de visiter une communauté autochtone part souvent d’un désir sincère d’échange et de découverte. Cependant, sans préparation, cette visite peut rapidement devenir une source de malaise ou une intrusion involontaire. Une communauté n’est pas un musée ni un parc thématique ; c’est un lieu de vie, avec ses propres codes, son histoire et ses protocoles. L’approche doit donc être celle de l’invité, et non du consommateur. Le territoire du Nitassinan, patrie des Innus, est vaste et riche d’une culture millénaire qui mérite d’être abordée avec le plus grand respect.
La première étape, et la plus importante, se déroule bien avant votre départ. Elle consiste à vous éduquer. Cela signifie aller au-delà des clichés. Plongez-vous dans les œuvres d’auteurs innus comme Naomi Fontaine ou An Antane Kapesh, ou visionnez des documentaires réalisés par des cinéastes autochtones. Cette démarche d’humilité culturelle vous permettra de ne pas arriver les mains vides, non pas de cadeaux, mais de contexte et de compréhension. Il ne s’agit pas de devenir un expert, mais de montrer que vous avez fait l’effort de commencer à comprendre.

Une fois sur place, le respect des protocoles devient essentiel. Cela commence par identifier les bons interlocuteurs. Vouloir rencontrer le chef de bande pour une simple question touristique est souvent une erreur. Les Conseils de bande gèrent des enjeux politiques complexes. Pour une visite, il est préférable de contacter les offices de tourisme locaux ou, idéalement, de faire affaire avec des entreprises culturelles et touristiques certifiées par des organismes comme Tourisme Autochtone Québec. Cette certification garantit que l’expérience est authentique, respectueuse et que les bénéfices retournent directement à la communauté.
Votre plan d’action pour une visite respectueuse
- Se former avant la visite : Lisez des auteurs autochtones et visionnez des documentaires sur le Nitassinan pour comprendre le contexte culturel et historique.
- Identifier le bon contact : Privilégiez l’office de tourisme local ou les entrepreneurs certifiés. Le Conseil de bande est réservé aux questions politiques et administratives.
- Apprendre les bases linguistiques : Mémorisez quelques mots simples en innu-aimun comme “Kuei” (bonjour) et “Tshinashkumitin” (merci). C’est un signe de respect fondamental.
- Se renseigner sur les protocoles locaux : Renseignez-vous sur le rapport aux aînés, le droit à l’image et les zones potentiellement sacrées ou privées qui sont interdites d’accès.
- Choisir des entreprises certifiées : Assurez-vous que l’entreprise est certifiée par Tourisme Autochtone Québec. C’est un gage d’authenticité et de retombées économiques locales.
Les 7 gestes que vous croyez respectueux mais qui offensent les communautés autochtones au Québec
Dans notre volonté de bien faire, nous adoptons parfois des comportements qui, sous un vernis de respect, sont en réalité maladroits, paternalistes ou réducteurs. Marie-Pierre Bousquet, anthropologue à l’Université de Montréal, le résume bien en parlant des survivants des pensionnats : “Ils ne veulent pas s’apitoyer sur eux-mêmes… ils veulent qu’on reconnaisse ce qu’ils ont vécu”. Cette nuance est cruciale : la reconnaissance est un acte d’égal à égal, tandis que la pitié est infantilisante. Voici sept gestes, souvent issus de bonnes intentions, qui peuvent être perçus comme offensants.
- La romantisation de la “spiritualité” : Réduire des cultures complexes à une vague spiritualité “proche de la nature” est un cliché persistant. Demander à être initié à des rituels ou s’attendre à vivre une “expérience chamanique” est déplacé. La spiritualité est une dimension intime et sérieuse, pas un produit de consommation pour touristes en quête d’exotisme.
- Poser des questions personnelles sur les traumatismes : Bien que la connaissance de l’histoire des pensionnats soit essentielle, interroger un individu sur son expérience personnelle ou familiale relève de l’indiscrétion. Personne ne vous doit son histoire traumatique. L’écoute se fait si l’histoire est offerte, elle ne s’exige jamais.
- Affirmer “nous sommes tous des immigrants” : Cette phrase, qui se veut unificatrice, efface la distinction fondamentale entre les peuples qui sont sur ce territoire depuis des temps immémoriaux et ceux qui sont arrivés via un processus colonial ou d’immigration. Elle nie le statut unique et les droits ancestraux des Premières Nations.
- Photographier sans permission explicite : Pointer un objectif vers quelqu’un, en particulier un aîné ou un enfant, sans avoir demandé et obtenu une permission claire est une intrusion. Certains lieux ou moments cérémoniels sont également interdits à la photographie. Le respect de la vie privée et du sacré prime sur votre désir de ramener un souvenir.
- Exprimer sa “culpabilité blanche” : Déverser votre sentiment de culpabilité historique sur vos hôtes les met dans une position inconfortable, les forçant à vous rassurer. Le travail sur ce sentiment vous appartient. L’action constructive et l’écoute sont plus utiles que les confessions.
- Féliciter quelqu’un pour son “bon français” ou son “intégration” : Ces compliments sont profondément paternalistes. Ils sous-entendent que la norme est la culture dominante et que s’en rapprocher est un accomplissement. Ils nient la légitimité et la valeur intrinsèque des langues et cultures autochtones.
- Offrir des cadeaux sans discernement : Si un petit cadeau en remerciement peut être approprié dans un cadre défini (après un séjour chez l’habitant par exemple), arriver avec des présents sortis de nulle part peut créer un malaise et instaurer une dynamique de charité. Le meilleur soutien est souvent financier, en payant le juste prix pour les services et l’artisanat.
L’humilité culturelle consiste à reconnaître que nos codes ne sont pas universels et que le silence et l’observation sont souvent plus respectueux que la parole ou l’action précipitée.
Tourisme autochtone dirigé par les communautés vs exploitation : comment faire la différence au Québec
Le tourisme autochtone est en plein essor au Québec, mais toutes les expériences ne se valent pas. La distinction fondamentale réside dans une question simple : qui raconte l’histoire et qui en récolte les fruits ? Un tourisme authentique et respectueux est un tourisme de souveraineté, où les communautés sont les maîtresses de leur propre narration et de leur développement économique. À l’inverse, l’exploitation touristique utilise la culture autochtone comme un décor exotique au profit d’intérêts externes.
Pour un visiteur non averti, la différence n’est pas toujours évidente. Heureusement, des indicateurs clairs permettent de faire un choix éclairé. La certification par des organismes comme Tourisme Autochtone Québec est le premier signal. Elle garantit qu’au moins 51% de l’entreprise est détenue et contrôlée par des Autochtones, et que l’expérience respecte des standards de qualité et d’authenticité. Un autre indice est le storytelling : une expérience authentique présente une culture vivante, au présent, racontée par les voix de la communauté elle-même. Méfiez-vous des récits qui parlent des Autochtones au passé, comme s’ils étaient des vestiges d’un autre temps.
Un modèle de succès : Tourisme Winipeukut Nature
Le projet développé par la communauté innue d’Unamen Shipu est un exemple inspirant de tourisme communautaire. En proposant des séjours immersifs dans des camps traditionnels et des démonstrations de pêche au homard, l’organisation a non seulement créé une offre touristique unique, mais a aussi généré un véritable dynamisme local. L’ouverture d’une auberge et d’une agence de voyage a créé des emplois et permis aux jeunes de se réapproprier et de vivre fièrement leur culture. C’est la preuve que le tourisme peut être un puissant outil d’autonomisation culturelle et économique.
Le tableau suivant offre des critères précis pour vous aider à distinguer une offre authentique d’une potentielle exploitation. En tant que visiteur, votre choix a un impact direct : il peut soit soutenir l’autodétermination d’une communauté, soit renforcer des dynamiques coloniales.
| Critère | Tourisme authentique | Exploitation touristique |
|---|---|---|
| Propriété | 100% autochtone ou partenariat équitable | Propriété non-autochtone |
| Storytelling | Récits au présent, voix autochtones | Récits au passé, perspective externe |
| Certification | Certifié par Tourisme Autochtone | Aucune certification officielle |
| Prix artisanat | Prix fixes reconnaissant le savoir | Négociation agressive |
| Bénéfices | Retombées communautaires directes | Profits externes |
Les 5 mythes sur les Premières Nations que même les Québécois progressistes croient encore
Même avec les meilleures intentions du monde, de nombreux Canadiens, y compris les plus progressistes, portent en eux des mythes tenaces sur les peuples autochtones. Ces idées fausses, souvent héritées de l’éducation ou des médias, simplifient à l’extrême des réalités complexes et empêchent une compréhension mutuelle. Le premier mythe est celui de “l’Autochtone” comme entité monolithique. Or, la réalité est d’une immense diversité. Les données officielles du gouvernement canadien font état de plus de 600 communautés des Premières Nations au Canada, représentant plus de 50 Nations et autant de langues. Parler “des Autochtones” est aussi réducteur que de parler “des Européens”.
Déconstruire ces mythes est un prérequis indispensable à toute rencontre authentique. Voici cinq des plus courants, et pourquoi ils sont faux :
- Mythe 1 : “L’écologiste par nature”. Si les cosmologies autochtones sont souvent fondées sur un lien profond avec le territoire, cela ne signifie pas que les communautés sont unanimement opposées à tout développement. Comme toute société, elles font face à des débats internes complexes sur l’exploitation des ressources, pesant les impératifs économiques, les occasions d’autonomie et la protection de l’environnement.
- Mythe 2 : “La communauté unanime”. L’idée qu’un chef parle pour toute sa communauté est une simplification. Il existe une grande diversité d’opinions politiques, sociales et culturelles au sein de chaque Nation, et même au sein de chaque famille. Les décisions sont souvent le fruit de consensus longs et complexes, et non d’une autorité verticale.
- Mythe 3 : “Les privilèges fiscaux”. Les exemptions fiscales dont bénéficient certains membres des Premières Nations ne sont pas des “cadeaux” de l’État. Ce sont des droits issus de traités, de l’Acte sur les Indiens et de la Constitution, souvent en échange de la cession d’immenses territoires. Il ne s’agit pas de privilèges, mais d’obligations contractuelles historiques de la Couronne.
- Mythe 4 : “La gratuité culturelle”. La tendance à considérer les savoirs, les chants ou les récits comme un patrimoine commun accessible à tous est une forme d’appropriation. La propriété intellectuelle culturelle est une notion fondamentale. Ces savoirs ont une valeur et méritent d’être protégés et rémunérés. Demander à un artisan de baisser son prix, c’est nier la valeur de ce savoir.
- Mythe 5 : “Le passé révolu”. Comme nous l’avons vu, c’est peut-être le mythe le plus dommageable. Il permet de se déresponsabiliser des injustices présentes en les considérant comme de lointains échos de l’histoire. Les impacts des pensionnats, de la Loi sur les Indiens et de la dépossession territoriale sont des réalités tangibles et quotidiennes pour de nombreuses personnes.
Reconnaître ces mythes en nous-mêmes est le premier pas pour s’en défaire et aborder les personnes que nous rencontrons non pas comme des stéréotypes, mais comme des individus dans toute leur complexité.
Pourquoi les Québécois parlent encore de la Conquête de 1760 comme si c’était hier
Au Québec, l’évocation de la bataille des plaines d’Abraham et de la Conquête de 1760 n’est pas qu’une simple référence historique. C’est une cicatrice mémorielle qui a façonné l’identité collective et qui explique en partie la quête de survivance culturelle et linguistique francophone en Amérique du Nord. Comprendre cette persistance de la mémoire chez les Québécois peut paradoxalement servir de pont pour comprendre la profondeur de la mémoire autochtone. Si un événement survenu il y a plus de 250 ans peut encore résonner si fort dans la conscience d’un peuple, on peut alors commencer à imaginer l’impact de traités bafoués, de terres volées et de cultures dévastées sur une mémoire qui se transmet de génération en génération depuis des millénaires.

Les wampums, ces ceintures de perles utilisées notamment par les nations iroquoiennes, ne sont pas de simples objets d’artisanat. Ils sont des archives vivantes, des registres de traités, d’alliances et d’événements marquants. Ils incarnent une forme d’histoire qui n’est pas consignée dans des livres, mais dans un objet tangible et sacré, dont le sens se transmet oralement. La mémoire québécoise s’ancre dans un moment de rupture ; la mémoire autochtone s’ancre dans des relations et des pactes, dont beaucoup ont été brisés par la Couronne. Les deux parlent d’une blessure qui ne se referme pas.
La Commission de vérité et réconciliation a mis en lumière une autre forme de rupture violente de la mémoire. Dans son rapport sur les pensionnats, elle souligne :
Les enfants qui terminent leurs études s’aperçoivent souvent que les liens avec leur communauté d’origine et leur culture ont été coupés.
– Commission de vérité et réconciliation, Rapport sur les pensionnats autochtones
Cette coupure forcée de la transmission est une blessure d’une tout autre ampleur que celle d’une défaite militaire. Elle touche à l’essence même de l’identité d’un individu et d’un peuple. En reconnaissant la sensibilité de sa propre mémoire historique, le visiteur québécois peut peut-être trouver une clé d’empathie pour aborder avec plus de profondeur et de respect la mémoire bien plus ancienne, et souvent plus meurtrie, des peuples qui l’accueillent sur leur territoire.
Les 7 réflexes de touriste qui signalent aux locaux que vous n’êtes pas prêt pour l’immersion
Passer d’une posture de touriste à celle d’un invité respectueux implique de désapprendre certains réflexes profondément ancrés dans notre culture occidentale. Ces habitudes, souvent liées à l’efficacité et à la consommation, peuvent envoyer un signal très négatif dans un contexte autochtone où le temps relationnel prime sur le temps chronologique. Votre empressement peut être perçu comme un manque de respect, votre planification rigide comme une tentative de contrôle. Voici sept réflexes de touriste qui indiquent à vos hôtes que vous n’êtes pas encore prêt pour une immersion véritable.
- Remplir chaque minute de l’horaire : Vouloir “rentabiliser” son temps en enchaînant les activités est contre-productif. Les rencontres les plus riches naissent souvent des moments imprévus, des silences, des longues discussions qui n’étaient pas au programme. Laissez de l’espace pour que la relation puisse se tisser.
- Monopoliser la conversation : Arriver avec une liste de questions et chercher à obtenir des réponses rapides est une dynamique d’interview, pas d’échange. Pratiquez l’écoute active. Parlez moins, écoutez plus. Le silence n’est pas forcément un vide à combler, mais un espace de réflexion.
- Chercher la confirmation de ses clichés : Si vous arrivez en cherchant l’image de l’Indien de western ou du sage mystique, non seulement vous serez déçu, mais vous montrerez que vous n’êtes pas intéressé par les gens réels en face de vous, seulement par le fantasme que vous en avez.
- Comparer constamment avec sa propre culture : “Chez nous, on fait comme ça…” Cette manie de tout ramener à son propre référentiel est une façon de se placer en position de juge. L’immersion demande de suspendre son jugement pour tenter de comprendre une autre logique.
- Se plaindre du manque de confort : Le Wi-Fi est lent, il n’y a pas de réseau, l’eau chaude est capricieuse… Ces plaintes sont déplacées. Vous êtes l’invité dans un environnement qui n’a pas à se conformer à vos standards. L’accepter fait partie de l’expérience.
- Tout prendre en photo compulsivement : Le besoin de documenter chaque instant pour le partager sur les réseaux sociaux vous coupe de l’expérience présente et, comme mentionné, peut être très intrusif. Apprenez à vivre le moment sans le filtre d’un écran.
- Négocier les prix de l’artisanat : C’est peut-être le réflexe le plus insultant. Le prix d’un objet artisanal ne reflète pas seulement le coût des matériaux. Il inclut le temps, le savoir-faire transmis sur des générations et la dimension spirituelle de l’objet. Tenter de le négocier, c’est dévaloriser tout cela.
Perdre ces réflexes est un exercice d’humilité. C’est accepter de perdre le contrôle, d’être vulnérable et de se laisser guider par un rythme et des priorités qui ne sont pas les nôtres. C’est à ce prix que le tourisme se transforme en rencontre.
À retenir
- L’histoire n’est pas passée : Les traumatismes comme celui des pensionnats et les concepts juridiques coloniaux ont des conséquences directes et mesurables sur la vie des Autochtones aujourd’hui.
- L’authenticité est politique : Soutenir le tourisme autochtone, c’est choisir activement des entreprises détenues et contrôlées par les communautés, garantissant que les bénéfices et la narration leur reviennent.
- Le respect est dans l’écoute : Le véritable respect ne réside pas dans les bonnes intentions, mais dans la déconstruction de ses propres réflexes de touriste et l’écoute attentive des protocoles culturels, même invisibles.
Comment passer de visiteur à allié : un engagement au-delà du tourisme
Le voyage en territoire autochtone, s’il est bien mené, devrait laisser une trace bien plus profonde qu’un simple album photo. L’objectif ultime n’est pas de devenir un “quasi-local”, une ambition souvent illusoire et présomptueuse, mais de cheminer vers une posture plus juste : celle de l’allié. Un touriste consomme une expérience, un allié comprend les enjeux et cherche à établir une relation réciproque et solidaire. Cette transformation exige un engagement qui va bien au-delà de la durée de votre séjour.
Devenir un allié commence par l’intégration des leçons apprises. Cela signifie que de retour chez vous, vous continuez à vous éduquer, à suivre l’actualité autochtone non plus avec un regard distant, mais avec le contexte que vous avez acquis. Cela implique de corriger avec bienveillance les mythes et les propos racistes que vous entendez dans votre entourage, en vous appuyant sur votre expérience. Votre rôle devient celui d’un pont, d’un modeste traducteur culturel auprès de ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre cette immersion.
L’engagement se traduit aussi par des gestes concrets. Continuez à soutenir financièrement les artistes et les entrepreneurs autochtones que vous avez découverts. Achetez leurs livres, leur musique, leur art en ligne. Faites la promotion des entreprises touristiques communautaires que vous avez appréciées. Utilisez votre privilège et votre voix pour amplifier les leurs sur les réseaux sociaux ou dans vos cercles professionnels. Un allié ne parle pas “à la place de”, mais “en soutien à”.
Finalement, ce parcours de déconstruction est un travail de longue haleine. Il demande une humilité constante, la capacité de reconnaître ses erreurs, de s’excuser et de faire mieux la prochaine fois. La rencontre avec les cultures autochtones n’est pas une destination à atteindre, mais un chemin à parcourir. Un chemin qui, s’il est emprunté avec sincérité, ne transforme pas seulement notre façon de voyager, mais notre façon de voir le Canada et notre place au sein de celui-ci.
Le premier pas de ce cheminement est le vôtre. Commencez dès aujourd’hui à vous informer, à planifier une visite respectueuse et à vous préparer à écouter. C’est en changeant notre regard individuel que nous contribuerons à bâtir une relation collective plus juste.
Questions fréquentes sur la rencontre avec les cultures autochtones au Québec
Puis-je négocier le prix de l’artisanat autochtone?
Non, les prix fixes reflètent la valeur du temps, de la transmission culturelle et de la spiritualité de l’objet. La négociation est perçue comme un manque de respect profond.
Comment adapter mon rythme au ‘temps relationnel’ autochtone?
Abandonnez votre horaire chargé et acceptez que les rencontres et activités suivent un rythme naturel basé sur la qualité de l’échange plutôt que sur l’efficacité.
Est-il approprié de photographier lors d’une visite?
Toujours demander la permission avant, particulièrement pour les personnes, les aînés, les enfants et les moments cérémoniels. Certains moments et lieux sont interdits à la photographie.