Published on May 16, 2024

La rencontre avec les peuples autochtones n’est pas un acte touristique, mais un puissant exercice de citoyenneté active et de décolonisation personnelle.

  • Comprendre l’histoire des pensionnats et de la Loi sur les Indiens est un prérequis pour saisir les racines du racisme systémique actuel au Canada.
  • Le respect ne suffit pas ; une visite réussie exige une posture d’humilité culturelle, une préparation et le respect de protocoles précis.

Recommandation : Commencez par vous éduquer sur l’histoire et les mythes persistants avant de planifier toute visite, en privilégiant toujours les initiatives dirigées par les communautés elles-mêmes.

En tant que Canadien, on peut avoir l’impression de connaître son propre pays. Pourtant, pour beaucoup d’entre nous, une part immense de son identité, de son histoire et de sa réalité actuelle reste un angle mort : celle des Premières Nations, des Inuits et des Métis. On pense souvent bien faire en visitant un musée ou en achetant de l’artisanat, mais ces gestes, bien qu’utiles, effleurent à peine la surface. Ils nous maintiennent dans un rôle de consommateur passif d’une culture que l’on croit “passée” ou “exotique”.

Cette approche nous empêche de voir l’essentiel. L’histoire des peuples autochtones n’est pas confinée aux livres ; elle est vivante, vibrante et parfois douloureuse, et elle se déroule aujourd’hui, dans nos communautés voisines. La véritable question n’est pas de savoir comment “voir” les cultures autochtones, mais comment apprendre à écouter. Et si la clé n’était pas le respect passif, mais une démarche active de décolonisation personnelle ? Une démarche qui commence par reconnaître sa propre ignorance et par une volonté sincère de comprendre les réalités contemporaines, loin des stéréotypes.

Cet article n’est pas un guide touristique classique. C’est une invitation à changer de posture, à passer de spectateur à participant respectueux. En tant que médiateur culturel, je vous propose un cheminement pour transformer une simple visite en une rencontre authentique et significative. Nous aborderons les fondements historiques incontournables, les protocoles à suivre, les erreurs à éviter, et surtout, comment faire de cette expérience un véritable acte citoyen qui enrichit votre compréhension du Canada dans lequel nous vivons tous.

Pour vous guider dans cette démarche essentielle, cet article est structuré pour vous accompagner pas à pas, de la prise de conscience historique à l’engagement concret et respectueux.

Pourquoi ne pas connaître l’histoire des Premières Nations maintient le racisme systémique canadien

L’ignorance n’est jamais neutre. Au Canada, ne pas connaître l’histoire des Premières Nations n’est pas un simple oubli, c’est participer passivement au maintien d’un racisme systémique. Ce système ne repose pas tant sur la haine individuelle que sur des structures et des lois conçues pour assimiler et contrôler. La plus emblématique est sans doute la Loi sur les Indiens, adoptée en 1876, qui a dicté et dicte encore tous les aspects de la vie de plusieurs communautés, de la gouvernance à l’identité, créant une relation de tutelle qui perdure.

L’instrument le plus dévastateur de cette politique fut le système des pensionnats. Ce n’est pas une histoire ancienne et lointaine. Selon les archives, plus de 150 000 enfants des Premières Nations, Métis ou Inuits, ont été arrachés à leurs familles pour être placés dans ces institutions, le dernier n’ayant fermé ses portes qu’en 1997. L’objectif avoué était de “tuer l’Indien dans l’enfant”. Les conséquences de ces traumatismes intergénérationnels – perte de la langue, de la culture, violences – se répercutent massivement aujourd’hui dans les enjeux de santé mentale, de pauvreté et de crises sociales.

Étude de cas : La découverte de Kamloops, une blessure ravivée

En mai 2021, la découverte des restes de 215 enfants sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops en Colombie-Britannique a secoué le Canada. Cette “perte impensable”, comme l’a qualifiée la chef Rosanne Casimir, a rendu tangible une vérité que les survivants et leurs familles clamaient depuis des décennies. Cette découverte, confirmée par des technologies de radar, n’est pas un événement isolé mais le symbole d’un génocide culturel dont les preuves continuent d’émerger du sol, forçant les Canadiens non-autochtones à confronter une histoire qu’ils ne peuvent plus ignorer.

Ignorer cette histoire, c’est ne pas comprendre pourquoi les inégalités persistent. C’est juger les conséquences sans en connaître les causes. La réconciliation, un mot souvent utilisé, ne peut commencer sans la vérité. Connaître cette histoire n’est donc pas une option, c’est le devoir de tout citoyen qui souhaite réellement comprendre le pays dans lequel il vit et contribuer à le rendre plus juste.

Comment organiser une visite dans une communauté innue sans offenser et en respectant les protocoles

L’intention de visiter une communauté autochtone est louable, mais elle doit être guidée par l’humilité culturelle et une bonne préparation. L’idée n’est pas de “visiter une réserve” comme on visite un parc, mais d’être l’invité d’une communauté sur son territoire. Chaque nation a ses propres protocoles, mais pour prendre un exemple concret au Québec, penchons-nous sur les communautés innues comme Essipit ou Mashteuiatsh. Le premier réflexe doit toujours être de contacter les instances officielles de la communauté.

Le contact direct montre votre respect pour leur autonomie et leur organisation. Le bureau touristique ou le conseil de bande sont vos meilleures portes d’entrée. Ils pourront vous indiquer quelles entreprises sont gérées par la communauté, quels guides sont certifiés et quelles sont les activités ouvertes au public. Tenter de s’organiser en solo ou de se présenter à l’improviste est souvent perçu comme un manque de respect, car cela ignore les structures mises en place par la communauté elle-même.

Visiteurs respectueux accueillis dans un shaputuan traditionnel au bord du lac Saint-Jean

L’échange ne doit pas être uniquement monétaire. Il est de coutume dans plusieurs cultures autochtones de reconnaître la valeur de l’échange humain. Apprendre quelques mots de base, comme “Kuei” (Bonjour/Salut) et “Tshinashkumitin” (Merci) en innu-aimun, est un geste simple mais puissant. Il signifie que vous avez fait un effort, que vous ne considérez pas l’autre comme un simple prestataire de services. De même, offrir un petit cadeau symbolique, comme du tabac traditionnel (si vous savez comment le présenter) ou un produit de votre région, peut être une manière de marquer le respect, surtout si vous rencontrez un aîné.

Plan d’action : Organiser votre visite respectueuse

  1. Points de contact : Identifiez et contactez le bureau touristique officiel de la communauté (ex: Essipit, Mashteuiatsh) au moins deux semaines à l’avance.
  2. Collecte d’informations : Demandez explicitement les protocoles de visite, les activités ouvertes et les entreprises gérées par la communauté.
  3. Préparation de l’offrande : Préparez un geste de réciprocité, comme du tabac traditionnel ou un produit artisanal de votre région, à offrir en signe de respect.
  4. Apprentissage linguistique : Apprenez quelques mots de base dans la langue locale (ex: “Kuei”, “Tshinashkumitin” en innu-aimun) pour montrer votre considération.
  5. Plan d’intégration économique : Prévoyez de payer directement les entreprises et artisans locaux pour vous assurer que les retombées économiques profitent à la communauté.

Finalement, l’attitude est primordiale. Soyez prêt à écouter plus qu’à parler. Votre visite n’est pas une occasion de démontrer vos connaissances, mais d’en acquérir. Posez des questions ouvertes et respectueuses, et acceptez que certaines choses ne vous soient pas expliquées. L’humilité est la clé d’une rencontre réussie.

Les 7 gestes que vous croyez respectueux mais qui offensent les communautés autochtones au Québec

L’intention de bien faire peut parfois conduire à des maladresses. Dans une démarche d’humilité culturelle, il est essentiel de déconstruire certains de nos réflexes, même ceux qui nous semblent positifs. Voici sept exemples de gestes, souvent posés avec les meilleures intentions, qui peuvent être perçus comme offensants ou irrespectueux dans de nombreuses communautés autochtones au Québec.

  1. Fétichiser “l’authenticité” : Dire à quelqu’un “Vous êtes un vrai Autochtone” ou complimenter son “costume traditionnel” (qui est en fait un regalia ou un vêtement cérémoniel) est très réducteur. Cela enferme les gens dans une image stéréotypée et figée dans le temps, niant leur identité contemporaine et complexe.
  2. Prendre des photos sans permission explicite : Un pow-wow ou une cérémonie n’est pas un spectacle. Demandez toujours la permission avant de photographier des personnes, en particulier les aînés et les enfants. Pour certains événements ou objets, la photographie peut être strictement interdite. Le respect de la vie privée et du sacré prime sur votre désir de créer un souvenir.
  3. Remplir le silence à tout prix : Dans de nombreuses cultures autochtones, le silence est une forme de communication, un temps de réflexion et d’écoute. Un visiteur qui parle constamment, pose des questions sans arrêt et se sent mal à l’aise avec les pauses peut être perçu comme manquant de respect et d’intériorité.
  4. Toucher aux objets sacrés ou au regalia : Les plumes d’aigle, les tambours, les calumets ou les vêtements de cérémonie ne sont pas des curiosités. Ce sont souvent des objets sacrés, personnels et puissants. Les toucher sans y être invité est une grave transgression.
  5. Dire “nous sommes tous pareils au fond” : Bien que partant d’un bon sentiment universaliste, cette phrase efface des siècles de lutte pour la reconnaissance de cultures, de langues et de droits spécifiques. Elle nie la réalité du racisme systémique et l’expérience unique des peuples autochtones.
  6. Poser des questions trop personnelles sur les traumatismes : S’il est important de connaître l’histoire des pensionnats, interroger directement une personne sur son expérience ou celle de sa famille est extrêmement intrusif, sauf si elle choisit d’elle-même d’en parler. Vous n’êtes pas un thérapeute ou un journaliste ; soyez un auditeur respectueux.
  7. Se positionner en “sauveur” : Arriver avec des idées préconçues sur ce dont la communauté “a besoin” ou comment vous pourriez “aider” est une attitude paternaliste. La meilleure façon d’aider est d’écouter, de soutenir les initiatives locales et de payer équitablement pour les services et les produits.

Ces points ne sont pas une liste exhaustive, mais ils illustrent un principe fondamental : la rencontre exige de mettre de côté son propre ego et ses propres codes culturels pour entrer dans l’espace de l’autre avec sensibilité et une réelle volonté d’apprendre.

Tourisme autochtone dirigé par les communautés vs exploitation : comment faire la différence au Québec

Le tourisme autochtone est en pleine croissance, ce qui est une excellente nouvelle pour le développement économique et le partage culturel. Selon les données de Tourisme Autochtone Québec, on a observé une hausse de 118% du membership de l’organisation en 5 ans, avec plus de 1,16 million de visiteurs annuels enregistrés en 2016. Cependant, ce succès attire aussi des entreprises qui cherchent à capitaliser sur cet intérêt sans pour autant bénéficier aux communautés. En tant que visiteur conscient, il est de votre responsabilité de savoir faire la différence entre une expérience authentique, dirigée par et pour les Autochtones, et une exploitation commerciale.

La question fondamentale à se poser est : à qui profite cette expérience ? Une entreprise de tourisme autochtone authentique est majoritairement détenue et opérée par des membres de la communauté. Les guides sont locaux, les histoires sont racontées à la première personne (“je”, “ma famille”, “mes ancêtres”) et les profits sont réinvestis dans la communauté. À l’inverse, une entreprise d’exploitation est souvent détenue par des non-autochtones, emploie du personnel externe et présente une version stéréotypée et “pan-autochtone” de la culture, mélangeant des symboles et des traditions de différentes nations sans aucune nuance.

Pour vous aider à y voir clair, voici un tableau comparatif basé sur les critères de Tourisme Autochtone Québec, un organisme de certification essentiel dans la province.

Tourisme authentique vs exploitation touristique
Critères Tourisme authentique Exploitation touristique
Propriété Entreprise détenue majoritairement par des membres de la communauté autochtone Propriétaires non-autochtones ou entreprises externes
Certification Membre de Tourisme Autochtone Québec ou équivalent provincial Aucune certification reconnue par les communautés
Emplois locaux Guides et employés issus de la communauté locale Personnel externe, peu d’emplois pour les locaux
Retombées économiques Profits réinvestis dans la communauté Profits partent vers l’extérieur
Représentation culturelle Narratifs en “je” par les membres, nuances culturelles respectées Stéréotypes génériques, imagerie pan-autochtone

Avant de réserver, faites vos recherches. Le sceau de Tourisme Autochtone Québec est un gage de confiance. Visitez le site web de l’entreprise, regardez qui sont les propriétaires et les guides. Une entreprise authentique sera fière de mettre en avant son ancrage communautaire. En choisissant consciemment où va votre argent, vous passez d’un statut de simple consommateur à celui d’un allié qui contribue directement à la souveraineté économique et culturelle des communautés que vous visitez.

Les 5 mythes sur les Premières Nations que même les Québécois progressistes croient encore

Certains préjugés sont tenaces. Même chez les personnes les plus ouvertes et progressistes, des mythes hérités de l’éducation coloniale ou des médias persistent. Les déconstruire est une étape fondamentale de la décolonisation personnelle. En voici cinq, particulièrement répandus au Québec.

1. “C’est du passé, il faut passer à autre chose.” C’est sans doute le mythe le plus dommageable. L’histoire des pensionnats et des politiques d’assimilation n’est pas “passée”. Les traumatismes sont intergénérationnels et les structures comme la Loi sur les Indiens sont toujours en vigueur. Comme le rappelait Kimberly Murray, le fait que des milliers d’enfants ne soient jamais revenus des pensionnats est une réalité dont les conséquences se vivent aujourd’hui.

Entre 1831 et 1996, 150 000 enfants autochtones ont été scolarisés de force, dans un but d’assimilation forcée, dans des pensionnats religieux. Plusieurs milliers n’en sont jamais revenus.

– Kimberly Murray, Rapport sur les disparitions d’enfants autochtones

2. “Les Autochtones ne paient pas de taxes.” C’est faux. Cette idée fausse est très répandue et alimente beaucoup de ressentiment. La réalité est que seuls les membres des Premières Nations inscrits qui travaillent et vivent sur une réserve sont exemptés de certaines taxes provinciales et fédérales, en vertu de traités historiques. Un membre des Premières Nations qui vit et travaille à Montréal ou à Québec paie les mêmes impôts que n’importe quel autre citoyen.

3. “Ils reçoivent tous une éducation et un logement gratuits.” Encore une fausse généralisation. Si des programmes de financement existent, ils sont souvent largement insuffisants pour couvrir les besoins réels. Les listes d’attente pour le logement dans les communautés sont interminables, et le financement postsecondaire est limité et compétitif, loin de l’image d’un accès “gratuit et illimité” pour tous.

4. “Les cultures autochtones sont figées dans le temps.” Ce mythe romantique et condescendant imagine les Autochtones comme des gardiens d’un passé immuable, vivant dans des tipis et chassant le bison. Les cultures autochtones sont vivantes, dynamiques et contemporaines. Les artistes, les entrepreneurs, les scientifiques et les politiciens autochtones utilisent la technologie, participent à l’économie mondiale et réinterprètent leurs traditions. Penser leur culture comme statique, c’est la nier.

5. “Il existe ‘une’ culture ou ‘une’ opinion autochtone.” Parler “des Autochtones” comme d’un bloc monolithique est une erreur fondamentale. Il existe plus de 630 communautés de Premières Nations au Canada, sans compter les Inuits et les Métis, avec des dizaines de langues, de cultures, de systèmes de gouvernance et d’opinions politiques distincts. Un Inuk du Nunavik et un Atikamekw de la Mauricie ont des réalités et des points de vue aussi différents qu’un Gaspésien et un Vancouvérois.

Pourquoi les Québécois parlent encore de la Conquête de 1760 comme si c’était hier

Pour de nombreux Québécois francophones, la bataille des Plaines d’Abraham en 1759 et la capitulation de Montréal en 1760 ne sont pas de simples dates dans un livre d’histoire. Elles représentent une blessure originelle, le moment d’une rupture qui a façonné l’identité collective et la lutte pour la survie culturelle et linguistique. Cette mémoire, transmise de génération en génération, explique en partie la sensibilité politique du Québec. Mais cette focalisation sur l’axe “Français contre Anglais” a un effet pervers : elle rend invisible un troisième acteur fondamental de cette même histoire.

Pendant que les empires européens se disputaient le territoire, les nations autochtones qui l’habitaient depuis des millénaires tentaient de naviguer ces conflits pour préserver leur propre souveraineté. L’événement historique qui a suivi la Conquête, et qui est beaucoup plus structurant du point de vue autochtone, est la Proclamation royale de 1763. Ce document, émis par la Couronne britannique, reconnaissait pour la première fois un titre foncier autochtone et établissait que seules des ententes de nation à nation pouvaient permettre la cession de territoires.

Paysage historique du fleuve Saint-Laurent avec forêt boréale symbolisant l'époque de la Proclamation royale

Ce document est la base juridique de nombreux traités et revendications territoriales modernes, y compris le concept de territoire non cédé, qui désigne les vastes pans du Canada (dont une grande partie du Québec et de la Colombie-Britannique) qui n’ont jamais fait l’objet d’un traité de cession en bonne et due forme. Ainsi, là où le Québécois voit la mémoire d’une défaite et d’une survivance, les peuples autochtones voient la mémoire d’une alliance trahie et d’une souveraineté jamais éteinte.

Comprendre ce double regard sur la même période historique est crucial. Cela révèle comment les récits nationaux dominants, même ceux construits en opposition comme celui du Québec, peuvent à leur tour effacer d’autres réalités. Parler de 1760 sans parler de 1763, c’est perpétuer une vision incomplète et coloniale du territoire et de son histoire. La véritable compréhension du Canada contemporain exige de superposer ces deux mémoires, et non de les opposer.

Les 7 réflexes de touriste qui signalent aux locaux que vous n’êtes pas prêt pour l’immersion

Au-delà des gestes spécifiques, c’est souvent notre posture globale, nos réflexes de “touriste”, qui créent une distance avec les membres des communautés que l’on souhaite rencontrer. Ces attitudes, souvent inconscientes, signalent que nous sommes encore dans une logique de consommation d’expérience plutôt que dans une démarche d’échange humain. En prendre conscience est la première étape pour les dépasser.

  1. Le réflexe de l’appareil photo permanent : Voir le monde à travers un objectif plutôt qu’avec ses propres yeux. Documenter constamment empêche de vivre le moment présent et peut être très intrusif pour les personnes autour.
  2. Le réflexe de la comparaison : “Ah, chez nous, on fait ça différemment.” Comparer sans cesse une pratique ou une nourriture à ses propres références culturelles empêche de l’accepter pour ce qu’elle est. C’est une manière subtile de se placer en position de juge.
  3. Le réflexe de la plainte : Se plaindre du manque de confort, de l’absence de Wi-Fi ou de la simplicité d’un repas. L’immersion implique d’accepter les conditions locales sans les juger à l’aune de ses propres standards.
  4. Le réflexe de la planification rigide : Vouloir suivre un horaire strict, savoir exactement ce qui va se passer à chaque heure. Dans de nombreuses cultures, le temps est plus fluide, et les rencontres les plus précieuses naissent de l’imprévu. Être rigide, c’est se fermer à ces opportunités.
  5. Le réflexe de l’étalage de connaissances : Arriver en voulant montrer qu’on a “fait ses devoirs” sur l’histoire ou la culture. L’humilité culturelle, c’est d’abord savoir se taire et écouter, même si l’on pense déjà savoir.
  6. Le réflexe de la transaction immédiate : S’attendre à ce que chaque interaction soit un service tarifé. Certaines conversations, certains partages, n’ont pas de prix. Chercher à tout monétiser, c’est manquer l’économie de la relation.
  7. Le réflexe du groupe fermé : Rester constamment avec les autres visiteurs, parler sa langue et recréer sa bulle culturelle. L’immersion demande le courage de s’isoler de son groupe pour tenter de créer des liens individuels, même maladroits.

Abandonner ces réflexes n’est pas facile, car ils sont ancrés dans nos habitudes de voyage. Mais c’est précisément ce travail sur soi qui transforme un simple voyage en une véritable rencontre, et un touriste en un invité apprécié.

À retenir

  • La compréhension du Canada actuel est incomplète sans une connaissance approfondie de l’histoire des politiques d’assimilation comme la Loi sur les Indiens et les pensionnats.
  • Le respect en visite ne se limite pas à la politesse; il exige une préparation active (contacter les bureaux touristiques, apprendre les protocoles) et une posture d’humilité.
  • Soutenir le tourisme autochtone, c’est choisir activement les entreprises détenues et gérées par les communautés, certifiées par des organismes comme Tourisme Autochtone Québec.

Au-delà de la visite : comment tisser des liens durables avec les communautés

Une visite, même respectueuse, n’est qu’un point de départ. La véritable démarche de décolonisation personnelle et de réconciliation ne se termine pas lorsque vous quittez la communauté. Elle se poursuit dans le temps et se transforme en un engagement durable. Passer de visiteur à allié, c’est comprendre que la relation doit être basée sur la réciprocité et la continuité, et non sur un échange ponctuel.

Comment nourrir ce lien ? D’abord, en continuant à vous éduquer. Suivez l’actualité des nations que vous avez visitées, lisez les auteurs autochtones, soutenez les artistes et les cinéastes. Votre éducation est un processus continu, pas un simple “pré-requis” de voyage. Ensuite, si vous avez créé des liens, entretenez-les de manière respectueuse, sans être envahissant. Un simple courriel pour prendre des nouvelles ou partager une information pertinente peut être apprécié.

Vue macro détaillée de perles de wampum traditionnelles sur tissu naturel

Enfin, l’engagement le plus puissant se manifeste dans votre propre communauté. Devenez un ambassadeur de ce que vous avez appris. Corrigez les mythes et les propos racistes lorsque vous les entendez. Encouragez votre entourage à s’éduquer. Intégrez la reconnaissance du territoire non cédé sur lequel vous vivez dans vos événements publics ou dans votre signature de courriel. Cet engagement dans le quotidien est la preuve que votre visite n’était pas qu’une parenthèse, mais le début d’une transformation. Les ceintures de wampum, historiquement, scellaient des traités d’amitié et de paix entre nations, basés sur une relation continue de respect mutuel. C’est cet esprit de pacte durable que nous devons chercher à recréer, à notre humble échelle de citoyen.

La rencontre véritable avec les peuples autochtones n’est pas une destination à atteindre, mais un chemin à parcourir. Un chemin d’écoute, d’apprentissage et d’action, qui commence bien avant la visite et se poursuit longtemps après.

Pour mettre en pratique ces conseils et entamer votre propre parcours de compréhension, l’étape suivante consiste à explorer les initiatives de tourisme culturel dirigées par les communautés elles-mêmes, en commençant par des ressources comme le site de Tourisme Autochtone Québec.

Written by Élise Tremblay, Élise Tremblay est muséologue et médiatrice culturelle depuis 14 ans, titulaire d'une maîtrise en muséologie de l'Université de Montréal et membre de la Société des musées du Québec. Elle occupe actuellement le poste de responsable des programmes éducatifs et de médiation au Musée de la civilisation de Québec, où elle conçoit des parcours d'interprétation du patrimoine vivant.